Résidence d'écrivain Anne Bihan (Janvier - Avril 2013)

La résidence d'Anne Bihan est la sixième résidence d'écrivain organisée par l'association Culture, Arts et Lettres des îles. Elle se déroule au sémaphore du Créac'h, à Ouessant, propriété du Conseil Général du Finistère mis à disposition par convention à l'association. Pour cette activité l'association bénéficie aussi du soutien de la Mairie d'Ouessant, de la Drac Bretagne et du Conseil régional de Bretagne dans le cadre de sa nouvelle politique de soutien au livre. Durant son séjour, des rencontres avec les différents publics seront organisées. Vous retrouverez plus loin les rendez-vous des lectures publiques ouvertes à tous.

Portrait Anne Bihan © Bruno Doucey

à découvrir aussi avec nos partenaires du livre en Nouvelle-Calédonie :  Lire un pays et la Maison du Livre à Nouméa (www.maisondulivre.nc/)

     


ANNE BIHAN,

DE LA NOUVELLE-CALEDONIE AU CREAC’H

 

Née en Bretagne, Anne Bihan s’envole pour la Nouvelle-Calédonie un jour de mai 1989. Sa vie et son écriture sont depuis profondément traversées par cet archipel d’Océanie dont elle partage durablement le destin, même si c’est l’île de Bréhat en Côtes d’Armor qui donne à son premier roman, Miroirs d’îles, son paysage. Et Saint-Nazaire qu’explore Port-Nazaire, l’une de ses premières écritures théâtrales.
L’enfance se passe entre fleuve et océan, Loire et Atlantique dont elle arpente les îles : Arz, Hoëdic, Houat, plus tard Bréhat… Puis ce sera Saint-Nazaire, ville où elle exerce le journalisme et où naissent ses premiers textes, et Douarnenez – Douar-an-Enez, la terre de l’île –. Avant Houaïlou, sur la côte Est de la Nouvelle-Calédonie, où après un premier séjour en 1989, elle s’installe début 1993 ; et Nouméa qu’elle rejoint dix ans plus tard pour y exercer diverses activités dans les champs de la communication et de l’édition.

Depuis peu, pour des raisons familiales, elle est amenée à vivre entre l’Océanie et de nouveau la Bretagne, situation qui la conduit à explorer la profondeur de son lien avec la Nouvelle-Calédonie, mais également le sens de cette oscillation entre terre natale et terre adoptive.

Poète et dramaturge, elle est notamment l’auteure d’un court roman, Miroirs d’îles, de nouvelles et d’articles divers, particulièrement sur les écritures océaniennes et la question du genre, ainsi que d’une dizaine de pièces pour la plupart créées en scène, en Bretagne et Océanie. Plusieurs de celles-ci sont publiées aux Éditions Traversées : V ou Portrait de famille au couteau de cuisine ; Parades ; Collision et autres traversées, recueil de quatre pièces courtes évoquant l’histoire de la Nouvelle-Calédonie.
Lauréate en 2003 d’une bourse du Centre national du livre pour son parcours d’écriture théâtrale, elle a fait partie de la délégation calédonienne invitée du Festival des arts mélanésiens au Vanuatu en 2002, et a été auteure invitée de la Comédie française en 2006 dans le cadre de la “Semaine de l’Océanie”.
Elle vient de participer avec Quart nuit au Festival “Écrits d’ici”, organisé à Nouméa par le Théâtre de l’Île. Ce solo explore l’une des thématiques de l’œuvre, celle de l’écriture du travail, présente depuis Port-Nazaire, pièce créée en 1986 par le Théâtre Icare.

Son dernier recueil de poésie, Ton Ventre est l’océan, paru aux Éditions Bruno Doucey en 2011, est lauréat du prix de poésie Camille Lemercier d’Erm 2012 ; son récit “L’Odeur des sorghos” a également été édité cette année chez Vents d’ailleurs dans le recueil Nouvelles calédoniennes.

Elle est par ailleurs régulièrement publiée ― poésie, nouvelles, essais ― dans diverses anthologies, revues et ouvrages collectifs, notamment le recueil Au nom de la fragilité : des mots d’écrivains, dirigé par Charles Gardou avec le soutien de Tahar Ben Jelloun, (Editions Erès, 2009), et les anthologies Outremer - Trois océans en poésie (2011) et Enfances - Regards de poètes (2012) chez Bruno Doucey. Elle contribue depuis l’origine à l’Archipel des lettres, revue du Salon international du livre insulaire d’Ouessant.

Elle est membre entre autres de l’Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie (AENC).

POUR EN SAVOIR PLUS :
Site « île en île » :

 www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/bihan.html


Avec notamment un entretien vidéo de l’auteur réalisé par Thomas C. Spear dans le cadre du projet  « Cinq questions pour île en île ».

EX’ÎLE(S)

NOTE D’INTENTION DU PROJET D’ÉCRITURE / ANNE BIHAN

Estran, laisses de mer... ces espaces incertains, mouvants, d’entre-deux, sans cesse en passe de déconstruction/remodelage, invasion/redéfinition, sont à l’image de nos identités contemporaines, où l’enjeu des migrations humaines peine encore à être formulé, où ce qu’elles font surgir oblige à de nouveau se poser trois questions fondamentales : d’où venons-nous ? qui sommes-nous ? où allons-nous ? ; tout en devinant qu’il n’est possible d’y répondre que dans le mouvement, l’inachèvement, dans l’élan d’une dynamique de la relation, à soi comme à l’autre, relation toujours
à repenser, refonder, réinventer.
Pour moi, née en Bretagne, aujourd’hui profondément traversée par l’Océanie après plus de vingt ans “à l’ancre/l’encre“ en Nouvelle-Calédonie, habiter l’estran, l’entre-deux relève de l’évidence.
Cet estran est le lieu que mon écriture tente d’explorer.
Il est un espace du mouvement, du vivant, du va-et-vient.
Il est un espace de la relation ; entre des éléments, des organismes, des mondes et des modes différents.
Il est un espace de référence ; c’est en étudiant estran, laisses de basse et de haute mer, qu’est dite la norme... celle du niveau de la mer, celle de ses variations.
Il est moins un espace frontière qu’un espace lisière, impossible à assigner, un espace de l’échappée.
Être insulaire comme s’efforcer à l’écriture, c’est il me semble avoir la conscience concrète de cet espace, et la conscience que vivre consistera à le traverser sans cesse pour aller d’un à l’autre bord, d’un à l’autre monde. C’est savoir d’emblée qu’il faudra sortir de l’île, qu’il faudra s’ex’îler.
Car l’île appelle un nomadisme, qui n’est pas, voire s’avère l’opposé du vagabondage : quand le vagabond s’abandonne aux impulsions du chemin, le nomade emprunte des boucles qui le ramènent vers des amers identifiés, en des temps qui parfois le sont tout autant. Or ce nomadisme, en ce début de XXIe siècle, a peut-être une parole à proposer pour qu’il soit possible de vivre en toute humanité l’accélération de phénomènes migratoires qui suscitent peur, exclusion, violence. L’insularité oblige. Elle élabore depuis toujours un ensemble de codes non écrits, que d’aucuns tiennent pour archaïques, presque sauvages, mais qui témoignent d’une profonde connaissance de ce qui, êtres humains, remuent en nous - désirs, passions, violences... - et qui manifestent une capacité tout aussi grande à construire, en les intégrant, les régulant, les transcendant, du “vivre ensemble“.
Ce “vivre ensemble“ est au cœur du projet politique calédonien ; chaque îlien de Bretagne comme d’Océanie sait pour sa part au quotidien ce que ce “vivre ensemble“ veut dire et ce qu’il exige : n’est-il pas une tentative humaine chaque jour recommencée pour que nos soifs - légitimes – de territoire(s), d’identité(s), ne deviennent pas meurtrières ?
Mon projet est celui d’une écriture fictionnelle, a priori d’un roman explorant cette problématique des migrations et du possible/difficile vivre ensemble. Elle se nourrira d’un travail d’écoute de paroles, de vies, d’hommes et de femmes des deux territoires, la Nouvelle-Calédonie et Ouessant, croisera les trajectoires de personnages “avec paysage“, confrontés à ce puissant mouvement qui portent les hommes à s’ex’îler, à sortir de leur insula, pour devenir autre.... pour peut-être simplement devenir.
C’est le projet d’un anti-cahier du retour au pays natal ; pour tenter d’explorer ce qui se joue dans tour à tour le refus ou l’acceptation de l’inattendu qu’est toute rencontre avec l’autre ; pour s’approcher au plus près de cette “intranquillité“ dont les migrations contemporaines, contraintes ou choisies, nous rappellent qu’elle est notre humaine condition.

© Anne Bihan, septembre 2011

BIBLIOGRAPHIE EN BREF



Récit
Miroirs d'îles. Avec un frontispice de Sayed Darwiche. Saint-Nazaire : Arcane 17, 1984.

Nouvelles
L'Odeur des sorghos”, dans Nouvelles calédoniennes. Éditions Vents d’ailleurs, 2012.
“Trois fragments d'épiphanie”, dans Au nom de la fragilité : des mots d'écrivains, sous la direction de Charles Gardou avec Tahar Ben Jelloun. Paris: Éditions Érès, 2009.
Prémices”, dans Sillages d’Océanie 2009. Nouméa : revue de l’AENC.
“ Un Souffle si doux”, dans Sillages d’Océanie 2007. Nouméa : revue de l’AENC.
“ Extraction”. Jour & nuit - La SLN depuis 125 ans... Nouméa : Société le Nickel, 2005.

Poésie
Ton ventre est l’océan. Éd. Bruno Doucey, Paris, 2011. Prix Camille Lemercier d’Erm 2012.
Choix de poèmes, anthologie Enfances - Regards de poètes, Éd. Bruno Doucey, Paris, 2012.
Choix de poèmes, anthologie Outremer - Trois océans en poésie, Éd. Bruno Doucey, Paris, 2011.
Choix de poèmes, anthologie Éclaire nos pas... 15 ans de poésie Nouvelle-Calédonie 1995-2010, L’Herbier de feu/Club des amis de la poésie, Nouméa, 2011.
Choix de poèmes, revue Carnavalesques n°3, éditions Aspect, Nancy, 2008.
Choix de poèmes, revue Le Mâche-laurier n°9, Obsidiane, 1998.
Publications régulières en revues : La Traductière ; L’Archipel des lettres ; Litterama’ohi ; Épisodes ; Sillages d’Océanie...

Théâtre
Collision et autres traversées, Éditions Traversées, Nouméa, 2007.
V ou Portraits de famille au couteau de cuisine, Éditions Traversées, Nouméa, 2004.
Parades, Éditions Traversées, Nouméa, 2004.
Pour Solde de tout compte”. Dans Ensemble au travail , Institut supérieur du travail de Nouvelle-Calédonie, Nouméa, 2011.

Autres ouvrages
SLN, hier, aujourd'hui, demain. Trente portraits de salariés de la Société le nickel, textes d'Anne Bihan, photographies de David Becker. Nouméa: Société le Nickel, 2005.
Cinq autres réponses, textes Anne Bihan et Mireille Andrès, peintures Charles Bézie, Jacques Levant, Evelyn Ortlieb. Portfolio d’artistes, Paris, 1991.
Choix d’essais et articles divers
”Lettre à la femme empêchée”, Actes du colloque Masculin/féminin, sous la direction de Mounira Chatti (à paraître).
“Autoportrait de l’auteur en incertaine”, Actes de la Journée d’études Femmes et création, sous la direction de Mounira Chatti, Éditions de l’Amandier, 2012.
“Écrire entre”, Actes du XIXe colloque CORAIL Pouvoir(s)s et politique en Océanie, sous la direction de Mounira Chatti, Stéphanie Vigier et Nicolas Clinchamps, Université de la Nouvelle-Calédonie, Paris, L’Harmattan, 2007.
“Écrire le théâtre en Nouvelle-Calédonie - Entre corps intime et corps social, l'espace commun d'une parole à conquérir”, L’Archipel des lettres n°2, Ouessant, 2008.
“Littérature et identité : l’écrivain, un homme sans qualités”, Litterama’ohi n°5, Papeete, 2004.
Publications régulières d’articles de réflexion à propos notamment des littératures océaniennes.



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