Résidence  Johary Ravaloson 

 (août- nov 2011)

"Ces derniers jours ensoleillés de novembre accompagnent l'écrivain Johary Ravaloson vers la fin de sa résidence d'écriture sur l'île d'Ouessant. (Finistère, Bretagne)  121 journées et nuits passés de l’été à l’automne de l'Iroise. L'écrivain invité par l'association Culture arts et lettres des îles, organisatrice du salon du livre insulaire, termine ses rencontres avec les îliens, noircit quelques feuilles blanches avant de dire au revoir, de reprendre le bateau vers le grand continent.

Le projet d'écriture de Johary ne concernait pas Ouessant, mais une autre île dans l’Océan Indien: Madagascar. Ecrire un texte : un roman, sur Antananarivo, la ville aux mille îles, prendre le temps pour se consacrer à l’écriture, un temps différent de la vie quotidienne, un temps apaisé pour écrire en toute liberté, et aussi pour contempler l’île source d’inspiration et d’imagination ! Ecrire un roman dont l’action se situe sur Mada mais dans une autre île en Mer d’Iroise. Les premières pages sont apparues et nous avons pu entrevoir, entendre ses premières inspirations. Un beau cadeau fait aux îliens. Demain, ailleurs il poursuivra cette écriture, demain apparaîtra un nouveau livre de littérature insulaire.

Nous sommes comme à chaque fois à la fois tristes et heureux, triste bien sûr d’un départ et heureux car nous savons que cette résidence a été propice à l’écriture, et que Johary, ami d’Ouessant, reviendra bientôt pour nous rendre visite au salon ou lors de la parution de son livre. Vous pourrez, vous aussi, retrouver dans notre revue du mois de mars 2012 L'Archipel des lettres, un compte-rendu de cette expérience, et bientôt suivre le parcours de Johary, celui de l’après Ouessant. Mais il n’y a pas d’après-Ouessant en fait !, Ouessant est toujours, et les résidences de l’association auront pour chacun, des résonnances pour longtemps.

Résidence d’écrivain à Ouessant.

Nous avons voulu une résidence libre de création et remercions nos partenaires pour leur soutien : le Centre National du Livre, la mairie d'Ouessant, le Conseil Régional de Bretagne, et le Conseil Général du Finistère. Elle est la seule résidence d'écrivain sur une île en Bretagne, et la seule de ce type en Finistère. Le projet culturel qui l'accompagne, développe depuis 1999 une mission de promotion de la littérature insulaire contemporaine. Pensé en 2000 à l'occasion du désarmement par la Marine Nationale de la tour porteur de signes, ce projet de faire d'Ouessant une île littéraire tournée vers la création toute l'année, a trouvé son rythme. Attachés aux résidences de longue durée, ancrées dans un réel projet d'écriture et de cheminement artistique avec l'association et la population, cette quatrième résidence de l'association aura duré 4 mois et fait suite aux trois autres résidences organisée par l’association : Rodney Saint-Eloi en 2009, Laure Morali à l'été 2010 et Alexis Gloaguen à l’hiver 2010-2011.

Ces quatre mois nous ont permis de partager des rencontres, d’ouvrir des portes, de cheminer à côté d’un texte en train de naître. Merci aux ouessantins qui nous ont accompagnés : Bénévoles de CALI, habitants, enseignants et élèves, associations, institutions. La famille de l’archipel des lettres.

Kenavo et à bientôt, Johary

Johary Ravaloson, résidence d’écrivain du 2 août au 30 novembre 2011. 

 ( voir projet et cv plus bas)

26 Novembre 12 h Mairie d'Ouessant : Dernière rencontre avec Johary Ravaloson avant qu'il ne quitte l'île, déjà 4 mois...

Après la résidence et avant le départ, retrouvez Johary Ravaloson en décembre lors de ses déplacements en France :

-        2-3 décembre : Dédicace au Salon de Montreuil

-        7 décembre : Atelier d'écriture à la Médiathèque de St-Céré puis Rencontre-lecture au Cinéma Robert Doisneau - Biars-sur-Cère  (Le Lot) 

-        9 décembre : Rencontre-lecture à la Librairie Orphie, Paris 5ème

-        10 décembre : Rencontre-lecture musicale à la soirée Tissé Métisse, Nantes.

quelques photos :

  


12 Novembre 17 h Mairie d'Ouessant : rencontres-lectures,

dialogues avec Johary Ravaloson.(photo sophie Bazin

 

 31 /10/2011 : Rencontres avec les résidents de la

Maison de Retraite.(photo sophie Bazin)

 

 22 octobre 17 h Mairie d'Ouessant :

rencontres-lectures, dialogues avec Johary Ravaloson.

(photo sophie Bazin)

 

 3/10/2011. Ecole sainte-Anne. 

(photo sophie Bazin)

 

 14/10/2011 : Rencontre avec le Club des Anciens.

(photo sophie Bazin)

 

 Sept- Novembre 2011  : atelier d'écriture avec les élèves du

Collège des îles du Ponant et leur professeur de Français,

Jean-Jacques Salaün. (photos Joëlle Lalbin. CALI)

 

 Mairie d'Ouessant août 2011 : l'arrivée, la découverte du sémpahore, des fouilles

grâce à notre ami Jean Paul Le Bihan, archéologue et contributeur de la revue.

(photo Jean Lou Bourgeon)

  

Né en 1965 à Antananarivo. Après des études de droit en France, Johary Ravaloson vit et travaille entre La Réunion et sa ville natale.
Il est marié et père de deux enfants. Il a la double nationalité française et malgache.
Tout en continuant ses activités de recherches et d'enseignement, il écrit nouvelles et romans. Il publie également des textes pour la jeunesse et fait la promotion d'artistes des îles de l'Océan indien à travers les livres de la maison d'édition Dodo vole fondée avec son épouse Sophie Bazin en 2005 (http://dodovole.blogspot.com).
Il a reçu diverses distinctions dont le prix Regard poétique au Salon du livre insulaire de Ouessant pour son carnet de voyage bilingue Zafimaniry intime / Zaho Zafimaniry, en août 2009. Son roman Géotropiques (éditions Vents d'Ailleurs) a été sélectionné en décembre 2010 pour le Grand prix Métis.
Il anime ponctuellement des ateliers d'écriture et parfois se confronte avec d'autres moyens d'expression comme l'art plastique ou la vidéo.  S'il s'est engagé dans la société civile malgache à travers différentes associations (Club Développement et Éthique, Amis du Patrimoine), il revendique néanmoins l'autonomie de son travail littéraire et se veut écrivain dégagé.

à noter : première rencontre au salon du livre insulaire avec Johary Ravaloson le samedi 20 août à 17h30

Le projet d’écriture
Antananarivo ou la Ville des mille îles



« Le nom de ma ville natale signifie selon la lecture des deux mots qui le composent « Ville des mille », « Entre les mains des mille » ou encore « Les mille villages ».  Antananarivo s'est bâtie sur un mont principal (imaginez un dinosaure allongé) entouré d'un chapelet d'îles au milieu de rizières et de marécages qui, au fur et à mesure de l'extension urbaine sur les escarpements, ont été remblayés. Au début du XIXème siècle, la pirogue était encore le principal moyen de communication. Les noms de certains quartiers témoignent de leur insularité ancienne : ainsi Anosy signifiant En l'île (lire anouss), mais également Anosibe, Anosizato, Anosifasika, Anosipatrana, Anosiavaratra, Anosimanjaka, Anosiparihy, etc.
De façon plus générale, on se rend compte en flânant à pied que chaque ruelle d'Antananarivo, chaque escalier délimite un quartier avec ses épiceries, sa boucherie, ses marchands de fruits et légumes, sa poubelle, sa fontaine à eau et surtout avec ses habitants qui se croisent, se connaissent tous et s'interpellent… comme dans une île à l'intérieur de la ville.
L'insularité malgache se vit en effet dans les mille villages composant Antananarivo, comme dans les milliers d'autres villages de cette île-continent qu'est Madagascar, plutôt que par la limite de la mer. Ce d'autant plus que nos politichiens s'acharnent à élargir les distances entre les gens, dans un monde déjà ébranlé par le surgissement de la modernité et le rapprochement de l'ailleurs.
Lors de la résidence en île d'Ouessant, je souhaiterais prendre de la distance avec la ville et sa conjoncture politique déplorable (s'échapper de la tentation de croire que je peux faire quelque chose) et poursuivre en toute quiétude l'écriture de mon roman sur Antananarivo. Poser la question de l'ouverture nécessaire, confronter la volonté supposée de se reproduire à l'identique des insulaires face à la dynamique qu'induit le désir d'ailleurs, également en chacun d'eux. Narrer la ville en crise de valeurs, les dérives entre d'une part connexion frénétique avec le monde et d'autre part attachement désespéré et fallacieux au concept de terre des ancêtres, lesquelles génèrent des pratiques relevant de la prédation : exploitation, pillage et corruption. Dans l’ancien Sémaphore du Créac’h, comme lieu de veille et de vigie, je scruterai la vie et la violence qui s'en suivent comme lorsque la mer rencontre la terre. 
Par ailleurs, je souhaite également m’inscrire dans l'île d'Ouessant (dont j'ai déjà remarqué la problématique insulaire similaire) par diverses interventions : rencontres et lectures publiques, ateliers d'écriture, etc. Je pourrais éventuellement dans un but récréatif mais également pour mettre en question la notion de globalisation contemporaine, animer des séances avec des jeunes ou moins jeunes sur le thème de « Je suis une île … mais je me soigne ».

En résonnance

Le projet d’écriture de Johary Ravaloson se conjugue également avec celui de Sophie Bazin, son épouse avec laquelle il a mené plusieurs projets associant écriture et arts plastiques (http://sophiebazin.canalblog.com).

Lors de ses précédents passages à Ouessant, Sophie Bazin a été frappée par le rapport des femmes au costume traditionnel. Porté par certaines lors du défilé qui honore le Salon du livre insulaire, caché au fond des greniers par d'autres, respecté et rejeté, le costume serait investi des mêmes ambivalences que l'ensemble de la tradition ouessantine : Volonté d'évoluer avec son temps, et difficulté à rester soi-même. Dans cette perspective, Sophie Bazin souhaite rencontrer les femmes de l'île, et suivre le fil du costume pour faire leur portrait, à travers des photographies argentiques et des enregistrements sonores.

Son travail de plasticienne est axé sur l'absence, ce qui disparaît et ce qui reste. Cette problématique est particulièrement aiguë dans les contextes insulaires. L'île d’Ouessant est aujourd'hui en mutation, et les questions qui se posent à ses habitants ne devraient pas être si différentes de celles que se posaient les habitants du pays Zafimaniry, que Sophie Bazin était allée rencontrer pour l'ouvrage Zafimaniry intime.


premières photos... arrivée 2 août 2011. cérémonie à la mairie d'Ouessant, rencontre avec les membres de l'association et Laure Morali, (résidente d'août 201 revenue sur l'île...)

photos Jean-Lou Bourgeon