Résidence d'écrivain Karin HUET

(sept - décembre 2012)

deux parutions à l'issue de la résidence

Ouessant La Nuit

Editions apogée

http://www.editions-apogee.com/

Note de l'éditeur : Karin Huet a séjourné un tiers d’année au sémaphore du Créac’h, sous les rayons du Grand Phare. Tels des éclats lumineux dans l’ombre, les cent vingt strophes de son journal nocturne, qui se combinent avec les phases de la lune, ont dessiné sur le vif un portrait changeant et singulier de la nuit ouessantine. Ce texte en pointillé est accompagné par quelques photographies prises avec l’assistance technique du hasard et de la brume. Il est précédé d’un résumé historique, où le lecteur se réjouira de trouver ce dont il rêvait : un exposé chronologique et précis sur la signalisation maritime autour de l’île.

http://issuu.com/editionsapogee/docs/ouessant-la-nuit_extraits/3?e=3252374/7576595

2014 64 pages / 14 x 21,5 / 14 photos en noir et blanc / Broché ISBN : 978-2-84398-452-5


 

Poèmes à l’encre de seiche et d’encornet

ISBN : 978-2-35082-231-0

Commande à  Gros Textes Fontfourane 05380 Châteauroux-les-Alpes (Chèques à l’ordre de Gros Textes)

la résidence :

présentation en pdf

Le projet d’écriture : Instants d’Ouessant

Le projet d’écriture de Karin Huet appartient au domaine poétique, genre littéraire marquant des littératures insulaires actuelles. Il correspond aux objectifs de création littéraire poursuivi par l’association, pour permettre l’émergence de nouveaux textes et formes poétiques. Il correspond à un processus original d’écriture de l’auteur, qui s’impose une contrainte de temps et d’espace qui n’empêchera en rien de voir apparaître une inspiration et un style. Il est inspiré par le lieu même de la résidence : Ouessant.  Il s’agit dans les quatre mois du séjour ouessantin, de débuter et de terminer l’écriture d’un nouveau recueil de textes courts limités par la largeur de la page d’un carnet de notes. Un peu comme un carnet de bord d’un marin décrivant son quotidien sur chaque éphéméride. 120 pages comme 120  jours passés sur l’île pendant la résidence, une page non pas par jour, mais par instant croqué de l’île. Karin Huet partagera son écriture avec le peintre Marion Zylberman, qui a déjà illustré plusieurs de ses livres.


Ma mère rêvait d’être gardienne de phare. Mais elle accoucha de moi dans le Massif Central et, quelques jours après, rejoignit mon père en Indochine. On était en 1953. De poste en poste, ils m’ont trimballée à travers ce qu’on appelait l’outre-mer. Lui, plongé dans son travail de chirurgien militaire ; elle et moi réfugiées dans des bouquins. Avant même de savoir lire, j’étais décidée à devenir écrivain.

         À la charnière de mon enfance et de mon adolescence, après un mois en mer à bord d’un cargo mixte fleurant le coprah, nous avons enfin vécu quatre ans de paix et d’épanouissement dans un milieu accueillant : Tahiti. Acquis une notion importante : « faire le tour de l’île ». C’était notre voyage, le dimanche. Ma mère aurait voulu y rester toujours. J’y ai appris à nager et à ne pas me presser.

         À dix-huit ans, étudiante en lettres à Marseille, j'ai rencontré le peintre Yvon Le Corre. J’ai embarqué dans sa vie et sur Iris, son voilier sans moteur. Cette navigation a duré six ans et définitivement orienté mon existence : me faire doucher par les embruns, vaguer sans cesse et tenir bon la plume. Une odyssée en Atlantique, de Baléares en île de Sieck, en passant par les îles du Cap Vert, Itaparica et les Caraïbes, a engendré notre première publication à tous les deux : Heureux qui comme Iris.

         À trente ans, je suis partie seule retrouver la Polynésie, ses îles et des rêves de voluptueux ermitage. En fait, élever un bébé, enseigner dans un collège. Dans ces conditions, au bout de trois ans, les troncs des cocotiers m’ont paru des barreaux de cage. Revenue en France, j’ai obtenu une maîtrise d’ethnologie, travaillé au noir sur les parcs à huîtres du Bassin d’Arcachon, publié mon premier roman et contracté la passion du kayak.

         Route Bretagne nord, Ploubazlanec, village de mes ancêtres. Je me suis liée d’amitié avec François Jouas-Poutrel, peintre et gardien au phare des Roches-Douvres. Par son entremise, j’ai lu Henri Quéffelec et Jean-Pierre Abraham, j'ai interrogé ouvriers du petit balisage ou gardiens de phare en mer. Transcrit leur préoccupation en un roman qui plaidait pour le maintien de leur métier : Bienvenue à Men-Ruz City.

         En même temps, je découvrais le kayak hauturier, ralliant les Anglo-Normandes, les Écrehous et les Minquiers. Un projet : connaître à la pagaie l’archipel des Tuamotu, entre Marquises et Tahiti. Avec Roger Salou, Finistérien, nous l'avons fait. Sept traversées en autonomie entre les atolls, le périple était une première. Six mois de découverte : effleurer l’individualité de chaque île. Mais, surtout, percevoir le réseau social qui les unit en archipel et incarner l’un de ces liens. Je l'ai raconté dans À même la mer.

         Fantasme né dans la bibliothèque de François Jouas-Poutrel : habiter la violence des vents et des courants marins, sur la trace de Trondur Patursson, aux Féroé. J'y ai passé cinq mois en 2002, dont deux à l'abri du vent, comme ouvrière à bord de Naeraberg, qui traînait son chalut pélagique à la limite des eaux islandaises. Cette expérience m’a inspiré Passage aux Îles Féroé avec des bottes en caoutchouc.

         Depuis 2001, j’ai un pied-à-mer à Marseille, en face du Château d’If, et je tâte à nouveau du collège (à temps très partiel) à travers l’animation d’ateliers d’écriture ou autres interventions. Sur les thèmes de l’aventure, de la mer et de… l’île. Une fois tous les deux ans, je pars en voyage. En 2007, j’ai pagayé en solo en Patagonie insulaire, dans sa partie septentrionale, Chiloé et les îles Chonos. Pris contact avec les pêcheurs artisanaux vivant en pionniers dans des bicoques plantées sur des îlots.  En 2009, embarquée sur Le Manguier en tant qu’écrivain de bord et matelot, j’ai parcouru le passage du Nord-Est. Escales dans des îles englacées peuplées d’ours blancs gardant des stations polaires abandonnées. En 2011, équipière sur le même bateau, j’ai passé quatre mois en Alaska : aux Aléoutiennes, aux Shumagin et dans l’archipel de Kodiak. Suis-je en quête d’un îlot où rester ? J’aime les îles, surtout les petites, les presqu’écueils, où l’on ne parvient que par les chemins de mer, souvent longs et hasardeux, offrant encore le rythme d’un voyage authentique.

         J’aime les îles. Je les aime parce que ce sont des grains de terre parfois aussi étroits que des bateaux. Ou que des individus dans leur peau. Leurs limites nettement définies entretiennent l’illusion qu’il sera possible de les circonvenir et de les comprendre. Devenir leur intime. Ma curiosité et ma gourmandise pour le monde, mon goût d’en transcrire les singularités, s’y sentent moins intimidés que dans les régions illimitées des continents.

         Pourtant j’aime également les îles parce qu’elles sont entourées d’infini, de l’éventail des possibles, tremplin pour l’imagination. Chacune est encerclée d’un anneau puissant et merveilleux. Ce cristal que j’évoque dans Kelp, un roman inédit : « … les eaux côtières sont le cristal de l’univers. On y vogue entre deux rives ; celle où la terre et l’eau s’embrassent ; et cette autre rive, si pure, où se touchent l’eau et le ciel, et qu’on nomme l’horizon marin. »



BIBLIOGRAPHIE commentée

Récits de voyage ou de terrain

HEUREUX QUI COMME IRIS, NOTES ET DESSINS D'UN VOYAGE, avec Yvon Le Corre, Gallimard, 1978. (Prix du livre de mer à Antibes, 1979).Journal à quatre mains d’une odyssée d’une année, à la voile pure, de Marseille à l’île de Sieck en passant par le Brésil.

UN HIVER BERBÈRE, JOURNAL D'UN SÉJOUR DANS LE HAUT ATLAS, avec des illustrations de Titouan Lamazou, Éditions Jeanne Laffitte, 1990. Évocation des travaux et des jours durant un an d’immersion dans une vallée isolée habitée par des paysans berbères. L’hiver, elle est coupée du monde par la neige ou la boue ; on n’y parvient qu’à pied ou à mulet.

TERRES MARINES, BASSIN D'ARCACHON, avec des photographies de Didier Sorbé, Éditions Jean-Marc de Faucompret, 1995. Une recherche qui a duré six ans, le temps que j’ai vécu sur le Bassin d’Arcachon, au sein des villages de cabanes et des marées palpitant autour de l’Île aux Oiseaux. J’ai présenté cela par thèmes : sept petites monographies sensibles. Travaux des ostréiculteurs, au chai ou au parc, techniques de deux pêcheurs et d’un charpentier de marine et délires de trois chasseurs en pédalo.

À MÊME LA MER, UN VOYAGE EN KAYAK AUX TUAMOTU, Éditions Glénat, 2001. Retour au récit chronologique, sans abandonner le pointillisme ni la présentation thématique. Par petites touches, je relate une expédition de cinq mois (qui fut une première mondiale) à travers le plus vaste archipel du monde, barrant l’océan Pacifique sur la longueur de l’Europe. En fait nous avons touché (et longuement caressé) huit atolls seulement. Palpation de chacun à travers la pêche, la cueillette, le bivouac à la belle étoile, la balade à l'huile de coude ou la main à la pâte chez l'hôte impromptu.

Extrait : «Les mois que nous venons de passer dans la région ne me permettent de caractériser chacune des îles où nous nous sommes arrêtés que par quelque appréciation superficielle (…) Mais  toutes ces expériences incomplètes, superposées dans notre cervelle, ont fini par y imprimer une image synthétique : ‘modèle d’un atoll des Tuamotu de l’ouest’.(…) Du point de vue du savoir, notre itinérance a encore un avantage précieux : le passage d’une île à l’autre de proche en proche nous permet de percevoir la continuité de cette partie de l’archipel. Nous sommes impliqués dans le réseau qui relie les atolls entre eux. »

PASSAGE AUX ÎLES FÉROÉ AVEC DES BOTTES EN CAOUTCHOUC, La Part Commune, 2007. (prose poétique, sélectionné pour le prix Livre & Mer Henri Queffélec) Croquis écrits d'un séjour dans un archipel nordique, dix-huit îles occultées par les brumes. Trois mois de marche sac au dos en dahu sur des pentes herbues. Puis deux mois à jongler avec des merlans bleus dans la cale d'un chalutier-usine. De minuscules textes denses, inspirés pour certains par l’esprit du haïku. Je les avais d’abord écrits en vers libres puis –économie de papier- ils sont devenus prose, pas moins poétique. « Mais qu’est-ce qu’elle a fait des blancs !? », s’est indigné Yvon Le Men, qui avait vu le premier manuscrit.

MARCHER DES JOURS ENTRE L’ÉCUME ET LA DUNE, La Part Commune, 2008. Entre Atlantique et Médoc, le sable forme un chemin rectiligne. Une après-midi de décembre, je suis partie en voyage sur la plage. Mon but : arriver pour Noël à la Pointe de Grave et réveillonner seule à seule avec les Éléments. Journal brut de cette marche.

LA MARCHE DES CONTEURS EN AOÛT DEUX MILLE HUIT, La Tortuga, 2009, avec des photos de Katia Fersing.  Un journal du bref et mirifique voyage de vingt-cinq conteurs qui, dans les Hautes-Alpes, marchent le jour et content la nuit, en échange de l’aubergement (gîte et couvert).

UN PÉRIPLE EN PATAGONIE, La Part Commune, juin 2010.  Solitaire, j’ai suivi à la pagaie la côte du Chili, de la Grande Île de Chiloé à l’île Magdalena. Accueillie comme une sirène par les paysans amphibies, les collecteurs d’algues, les plongeurs de moules géantes et les pêcheurs de merlu austral. Un récit au passé. Chronologie éclatée, éparpillée, à l’image de ces terres parmi lesquelles j’ai navigué : archipel de Chiloé, groupe des Guaitecas, îles Chonos. Relation d’un voyage avec éclats de mon passé.

Romans

MES JAMBES À SON COU, Ramsay, 1992. Cette corrida amoureuse se déroule pour partie à Pora-Pora et aux Marquises.

BIENVENUE A MEN-RUZ CITY, Syros, 1997 (roman jeunesse). Après une enquête en Bretagne nord, auprès des gardiens de phare en mer, il m’a semblé important de transcrire leur plaidoyer pour le maintien de leur fonction. Marins immobiles, ils aimaient leur métier, en étaient fiers. À la même période, j’avais envie d’écrire pour des enfants de l’âge de ma fille. Un roman d’aventure est né, pour lecteurs de 7 à 107 ans. L’intrigue se déroule dans une tour en mer ressemblant à la fois à celles des Triagoz et des Héaux. Le titre d’origine (que je préfère) était : ‘Le gardien de la mer’.

Nouveauté 2012.

Paru en 1997 sous le titre Bienvenu à Men-Ruz City en 1997, une nouvelle édition vient de paraître en cet été 2012 sous un nouveau titre :

Le Vieux qui gardait la mer, illustré par François JOUAS-POUTREL
aux éditions Le Chien du vent http://www.lechientduvent.com


Essai

HUIT BOUFFÉES DE SAGESSE PAPAOUTE, éditions Gros Textes, septembre 2010. Ce texte défend la Simplicité Volontaire en prenant pour argument le plaisir d’utiliser son corps. La thèse est exposée à travers un petit récit semi-fictionnel.

Album

SOUS LES TOITS DE TERRE, LA DÉCORATION PICTURALE DANS L'HABITAT D'UNE VALLÉE DU HAUT ATLAS, avec Titouan Lamazou, Éditions Publi-action, 1988.

Traductions de l'américain

LE GRAND LIVRE DES NOEUDS, Ashley, Gallimard, 1979.

LE VOYAGE DU LIBERDADE, Slocum, Gallimard, 1980.

Ouvrages collectifs

- CAPITAINES MONSTRUEUX ET DÉPARTS FOUS, (récit)  in COUPS DE FOLIE EN MER, sous la direction de Hugo Verlomme, Arthaud, 2006.

 SOUS LE NIVEAU DE LA MER AVEC CINQ DROMADAIRES ET DEUX VÉTÉRINAIRES in LE JOURNAL DES LOINTAINS n°4, Buchet Chastel, 2006. (récit de voyage dans le désert afar)

L’INSENSÉ PÉRIPLE D’UN REMORQUEUR À VOILES DE CORSE EN ALASKA PAR LA ROUTE DES GLACES, (carnet de bord, novembre 2010, édité par SARL Le Manguier)

BATEAU FOU (nouvelle),in AUTOUR D’UN BATEAU-FEU, SCARWEATHER, Coop Breizh, 2010

BALADE À TROIS KAYAKS, (page de journal intime)in 40 REGARDS SUR LA BRETAGNE, les Montagnes Noires édition, 2011

DES NOUVELLES DE LA VEGA !, pour UN HIVER CHEZ LES TCHOUKTCHES, Adolf Erik Nordenskjöld, édition Nicolas Chaudun, 2011

Rencontre littéraire de CALI :

Le mardi 16 octobre 2012 à 16 H 00  Karin Huet, Écrivain en résidence au Sémaphore du Créac’h. Premier rendez-vous sur le thème de : Iles tropicales, Pacifique et Tuamotu. Lectures en partage, Entrée libre. Ouvert à tous. Dédicaces à l’issue de la rencontre en partenariat avec la Maison de la Presse. Ce premier rendez-vous de lecture avec l'écrivain en résidence sera suivi d'autres rencontres le samedi 3 novembre et le vendredi 28 décembre. voir ausi ici.

LES DERNIERS RENDEZ-VOUS AVEC KARIN HUET

vendredi 4 janvier à 20 h 30 à la médaithèque de PLOUGUERNEAU

SAMEDI 5 JANVIER à 17 H 30 à la Bibliothèque de PLOUGASTEL DAOULAS

Vendredi 28 décembre à 17 h
à la salle polyvalente:

rencontre avec Karin Huet, auteur en résidence au Sémaphore du Créac'h

Les Rencontres littéraires de CALI :    à La Mairie d'Ouessant  Le samedi 3 novembre 2012 à 18 H 00  

 Karin Huet,  Écrivain en résidence au Sémaphore du Créac’h.  Rencontres, discussions, lecture autour du thème :  Des îles de Patagonie

Exposition :

"Marion Zylberman dessine. Avec des plumes avec des pastels avec des crayons de couleur avec ses doigts ! À Ouessant, aux Açores, en Norvège, en Corse, aux Hébrides ou sur les grèves de Penmarc’h ou de Plougrescant, toujours dehors, elle dessine. Tout en pêchant des ormeaux ou cueillant des cristes marines elle dessine. Les paysages qui la nourrissent, la mouillent et lui secouent les cheveux, elle les dessine. Elle a une préférence pour le fugace, la pluie, les vagues, le vol des goélands ou les pinceaux du phare. Marion est une imagicienne.
La grève a des fenêtres, qui ouvrent sur des jardins marins…
" K. H.

JARDINS MARINS

une exposition à la Maison des Îles et des Livres (bourg de Lampaul)  par Marion Zylberman,

(associée à la résidence de Karin Huet au sémaphore du Créac’h).

prochaines lectures publiques :

le samedi 3 novembre à 18 h 00 à la Mairie

le vendredi 28 décembre à la salle polyvalente à 18 h 00